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Le Yamsé: Fête Musulmane Chiite célébrée à l’Ile Maurice

J’entendais le son rythmé des tambours depuis le balcon de chez ma grand-mère à Port-Louis. Ma sœur et moi attendions avec impatience que les dévots déambulent dans la rue. C’était le 10e jour du mois de Moharram (premier mois du calendrier islamique). Le festival plus connu ici, sous le nom de Ghoon est observé par une petite minorité de musulmans mauriciens de la secte Chiite pour commémorer le martyre de Hussein, petit-fils du prophète Mahomet (p.b.u.h). Martyre en l’an 680 à Kerbala en Irak, cette tradition s’est transmise de génération en génération et on ne peut que deviner qu’elle a parcouru de nombreux pays avant d’arriver à Maurice.

Du balcon du premier étage, je me penchais pour regarder le cortège dans la rue. Je pouvais voir les ghoons, trois dômes en forme d’oignon, certains aussi hauts que le toit des maisons. Quelques petits ghoons étaient portés sur les épaules. Ils représentent les tombeaux des martyrs de Kerbala. Décorés de couleurs vives, les Chiites musulmans défilaient dans les rues en battant bruyamment leurs tambours (communément appelés daff – tambour traditionnel en peau de chèvre) et des tambourins tandis que certains chantaient pour Hussain Ya Hussain! Ah Hassan! Il est habituel qu’ils observent le deuil pendant les 10 premiers jours du mois de Moharram mais c’est le 10ème jour, appelé « La rupture des Ghoons » (comme nous l’appelons ici) qui marque la fin de cette fête.

Je savais que le spectacle pouvait être assez intimidant pour ceux qui n’étaient pas habitués à voir l’auto-flagellation. En effet, les participants en extase dansaient au rythme exaltant des battements de bâtons, de tambours et de tambourins tandis que d’autres avaient le corps percé d’ aiguilles et d’épingles. Pour les âmes sensibles, cela peut en effet être effrayant de voir des épées plantés dans certaines parties du corps sans aucune effusion de sang. C’est étonnant de constater qu’ils ne semblaient ressentir aucune douleur.

Ce qui était autrefois un festival qui attirait de grandes foules, les ghoons sont bien plus rares de nos jours. Le poète français bien connu, Alexandre Dumas relate même dans son roman Georges publié en 1843, une fête du Yamsé se déroulant dans les rues de notre capitale, Port-Louis. L’un de nos divers et riches héritages culturels qui nous viennent certainement de loin, qui était généralement célébré dans de nombreux villages dans le passé, ne se tient désormais  qu’à Plaine-Verte, à Maurice, où résident encore de fervents participants.

Zafi

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