Ile Maurice multiculturelle – Tradition et dévotion – La grande nuit de Shiva
La grande nuit de Shiva, c’est ainsi que l’on nomme la fête Maha Shivratri qui a lieu chaque année à l’Ile Maurice. C’est une des fêtes les plus importantes de la communauté hindoue, elle se célèbre autour de février/mars. A cette occasion, les pèlerins de tous les coins de l’Ile convergent vers le lac sacré Grand-Bassin situé dans les hauteurs (aussi appelé le Ganga Talao), afin de rendre hommage au Dieu Shiva et ramener chez eux, l’eau sacrée. Selon la tradition, les eaux du lac communiqueraient symboliquement avec celles du Gange en Inde, faisant de ce lieu un point de convergence spirituelle pour les hindous mauriciens. Ils auront préalablement observé dix jours d’abstinence, pris part à des prières quotidiennes, tout en observant un régime alimentaire végétarien. Quelques jours avant la fête qui est un jour de congé national ici, tout de blanc vêtus, symbole de pureté, et munis de leur “kanwars” multicolores (structures en bambou richement décorées de divinités, de miroirs et de clochettes), les dévots quittent leur domicile pour entamer une marche en famille, entre voisins ou amis vers le lac sacré. Bien que ce soit une fête hindoue, beaucoup de personnes n’embrassant pas forcément la même religion, se joignent aussi à la procession, et c’est ce qui fait la particularité de l’Ile Maurice : une île pluriculturelle où les religions se côtoient, se respectent et se soutiennent.
C’est ainsi que trois jeunes amies de foi différente ont voulu tenter l’expérience en marchant vers Grand-Bassin de la ville de Curepipe. Habillées de blanc, elles se sont mêlées à la foule qui marchait vers le Ganga Talao (le lac sacré). La foule constituée de personnes de tout âge, jeunes, moins jeunes ainsi que des enfants, se déplace dans le recueillement. Certains pèlerins viennent de très loin et même si cela faisait longtemps qu’ils étaient en route, ils ne paraissent pas fatigués. Il faut dire que c’est une ambiance animée qui accompagne généralement les marcheurs avec de la musique venant des hautparleurs. Tout le long de la route, l’on trouve des stations sous les chapiteaux où plusieurs donateurs de toutes confessions ou organismes offrent aux pèlerins à manger et à boire.
Une fois arrivées à Grand Bassin, les trois jeunes filles observent les dévots prier auprès des divinités qu’ils aspergent de lait. Par la suite, les dévots se rendent au bord des berges du lac pour prier, réciter des mantras et offrir des offrandes (noix de cocos/bananes entre autres) et une fois, les rituels terminés, ils rentrent chez eux, non sans avoir collecté l’eau sacré. Cette eau sacrée sera ensuite déversée sur le Shiva lingam (pierre sacrée représentant le Dieu Shiva) du temple de leurs localités respectives. Autour d’elles, certains groupes de jeunes accompagnés de tambours dansent. Plus loin, sous un chapiteau où crépite un feu, les dévots sont invités à un autre rituel : tenant dans leur main des graines (le plus souvent des graines de sésame, orge ou du riz), ils tournent autour du feu sept fois, tout en nommant à chaque fois, une caractéristique négative dont ils veulent se débarrasser. A la suite de quoi, les graines sont jetées dans le feu sacré. Tard dans la nuit, nos trois amies ont rebroussé chemin pour se rendre chez elles non sans garder en mémoire des images de cette belle procession vers Grand Bassin. Ce qu’elles retiennent de ce beau pèlerinage, c’est surtout la grande ferveur qui entoure cette fête, une atmosphère de fraternité et de solidarité tout au long. Cela reflète la richesse de la culture mauricienne, l’unité de ses communautés et la profonde spiritualité vécue par les pèlerins.
Le jour même de la fête, à leur domicile, chaque famille se consacre pleinement aux préparatifs pour la grande nuit de Shiva. Tôt le matin, la famille se rend au temple de la ville ou du village avec l’eau rapportée du Ganga Taloa. Plus tard au coucher du soleil, ils reprendront le chemin du temple pour des offrandes et prières consacrées au Dieu Shiva. Selon la coutume, l’on déverse l’eau sacrée sur le Shiva Lingam à quatre reprises en récitant des mantras. Les prières vont se poursuivre tard dans la nuit jusqu’au lever du soleil le jour de Maha Sivaratri. Au jour naissant, les fidèles rompent le jeûne en partageant un repas végétarien.
Ce moment de retour au foyer prolonge la spiritualité du pèlerinage : la foi ne s’arrêtant pas à Grand-Bassin, elle continue à vivre au cœur de chaque pèlerin et de toute la maisonnée.
NadElle.

























