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Ile Maurice : Longue vie à nos Madeleines de Proust!

Il faudrait d’abord se mettre dans le contexte : une Ile Maurice d’antan où seuls quelques privilégiés avaient chez eux la télé qui diffusait des films uniquement à des heures précises chaque jour. Pas d’émissions de cuisine. Pas beaucoup de personnes ne possédaient de gazinière, à une époque où le plus grand nombre cuisinait encore au feu de bois ou, au mieux, à l’aide de lampes à pétrole. Une rare ouverture vers le monde. Autour de l’Ile, des pâtisseries qui se comptaient sur les doigts d’une seule main. On y vendait, ce qu’on appelait des « gâteaux français » qui faisaient la joie des mauriciens, surtout les plus âgés qui en gardent un souvenir ému.  Les « gâteaux français » qui d’ailleurs, n’avaient rien à voir avec la provenance des gâteaux car ils étaient tout bonnement originaires de chez nous pour la plupart !

Il y avait foule le dimanche surtout, à la sortie des messes dominicales devant ces quelques pâtisseries. On y achetait toute sorte de gâteaux dont certains bien mauriciens comme le napolitain (petit sablé à la confiture de goyaves de Chine), le « Kare rouz (carré rouge) ou « Gato Francis », un moelleux imbibé de sirop rouge recouvert de noix de coco râpé, la tartelette à la banane ou au custard caramélisé, le puits d’amour, une tartelette à la crème pâtissière, recouverte de noix de coco râpée, décorée d’une cerise confite ou le flan tout jaune avec des raisins secs. Et, le madrier, qui lui avait la particularité d’être un gâteau composé de restes de pâtisserie remoulés, et qui avec un nouveau glaçage, devenait ainsi une nouvelle viennoiserie bien prisée. Chacun choisissait son gâteau préféré que l’on dégustait debout dans la fameuse pâtisserie. Ces messieurs préféraient eux, être debout à l’extérieur pour regarder passer les jeunes filles endimanchées.

On remarquait aussi une longue file d’attente devant Nirmala, la Tantine poutous, qui, assise sur un petit banc en bois à même le trottoir, faisait cuire ses fameux « poutous » sur place. Ce petit gâteau à la farine de riz et de noix de coco râpée, cuit à la vapeur et sans aucune matière grasse avait la particularité d’être meilleur lorsqu’il était si chaud qu’il nous brûlait les doigts. Pour d’autres, c’était plutôt le «pudinn mais” (pudding de maïs) qui les faisaient saliver. Ce gâteau à base de semoule de mais aux raisins secs, saupoudré de noix de coco est un grand incontournable des friandises mauriciennes.  Il y avait aussi ce marchand qui déambulait dans les rues, de maison en maison, avec une « malle bleue » contenant de petits « gato coco » (gâteaux à la noix de coco) de toutes les couleurs, des « moutai, ladoo, ounde », petits gâteaux d’origine indienne. Les gosses sollicitaient leurs parents dès qu’ils entendaient au loin, « Missié la malle bleue » chantonner la liste des petites merveilles qu’il avait à vendre. Certains préféraient se rendre à la « boutik sinoi » (boutique chinoise) du coin pour se délecter de délicieux « piaw » (petit beignet au sucre), « gato zinzli » (beignet aux graines de sésame), « gato arouille » (beignet de taro), ou autres délices confectionnées dans l’arrière-cuisine par Madam Ah-Ming, l’épouse du boutiquier.

Vous l’aurez compris, notre diversité se retrouve aussi dans ce que nous mangeons ! Toutes ses saveurs enfouies dans les souvenirs de notre enfance nous ramènent quelquefois, des images furtives d’un passé pas trop lointain pour certains. Une période où les enseignes internationales de fast-food n’étaient pas encore d’actualité, où nos « pistas sale » (cacahuètes grillées) étaient plus appréciées que les fameux paquets de chips de toutes sortes qui mettent tout le monde d’accord de nos jours.

Un napolitain, un ladoo, des poutous, un piaw….autant de gourmandises mauriciennes qui faisaient l’unanimité dans le temps et qui font encore rêver aujourd’hui. Gageons que les générations futures fassent tout leur possible pour perpétuer cet héritage culinaire. Souhaitons longue vie à nos Madeleines de Proust!

NadElle

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